Labrador : Autopsie du silence est une fixation méticuleusement conçue sur les nuances du silence et de l’isolement, un document sur les rythmes longs et sombres de la vie dans l’Arctique et sur un cargo. Réalisé par le cinéaste québécois Rodrigue Jean, il s’agit de l’un des deux seuls longs métrages à thème autochtone projetés à Tribeca cette année (l’autre est celui d’Elle Sofe Sara Ara de Norvège). Si ce thriller feutré est abouti et efficace, il vaut également la peine de réfléchir à ce qui aurait pu être si l’histoire avait été réalisée du point de vue des Premières Nations plutôt que du point de vue québécois.
Le film reconnaît une forme de colonialisme et de code du silence qui le rétrograde au rang de citoyen de seconde zone aux yeux de la loi. Alupa est à la fois autochtone et queer, cachant son histoire d’amour avec Alex (Alexandre Landry), le cuisinier du navire. Alex, quant à lui, entretient également une liaison avec Michelle (Gabrielle Poulin B.), la copilote mariée, chaque fois qu’elle se présente dans sa cabine. Le corps d’Alex est également sujet à une sorte de colonisation lors des longues nuits froides et solitaires en mer, chaque fois que Michelle a envie d’exercer son pouvoir.
Lorsqu’Alex ne se présente pas pour préparer le petit-déjeuner, l’équipage enquête et le trouve mort d’un coup de couteau. L’amant de HI, le mécanicien inuit Alupa (acteur pour la première fois Christopher Angatookalook), devient le principal suspect, déclenchant une chaîne de procédures alors que le crime fait l’objet d’une enquête de la part des autorités maritimes de la Basse-Côte-Nord et au niveau fédéral via la GRC. Chaque membre de l’équipage est interrogé par les enquêteurs, dont Michelle et Alupa. Alors que le scénario cache exactement ce qui s’est passé, Alupa reste silencieux et clame son innocence lors d’une audition des preuves devant un tribunal du Québec où il apprend qu’il y a suffisamment de preuves pour qu’il puisse subir son procès. De retour à terre pour vivre avec sa sœur, il réfléchit à ses prochains mouvements tandis que les dés sont contre lui.
Plutôt que de prendre la forme d’un polar, Labrador choisit une voie beaucoup plus nuancée, explorant les relations entre la vie à bord et la vie à terre. Jean souhaite encadrer des personnages comme Alupa dans de longs plans. Un exemple particulier vu d’en haut est obsédant : Alupa apprend son sort lors de l’audition des preuves, restant silencieux tandis que ses yeux crient à l’aide. Christopher Angatookalook est un artiste fascinant à regarder : originaire de Kuujjuarapik qui a grandi à Montréal et qui respire la sympathie par son visage tatoué et ses yeux expressifs. On espère qu’il aura plus d’opportunités de se produire.
Étude sur le lieu, la solitude et la vérité, le film de Jean regorge d’espaces négatifs pour refléter le code du silence maritime qui suggère une famille unie gardant des secrets pour passer le temps et satisfaire ses désirs. Inspirée d’un événement de 2012 qui a donné naissance à des rumeurs et des superstitions sur le navire, cette histoire devient une page vierge pour Jean, le directeur de la photographie Mathieu Laverdière et le concepteur sonore Ilya Ghafouri.
Riche de sa retenue et ancré par une performance inoubliable, Labrador : Autopsie du silence est une image émouvante et captivante. Nous sommes assis en silence avec Alupa, un homme pacifique qui navigue sous de multiples identités et pressions de tous bords. Le virage nuancé et retenu de Christopher Angatookalook rend cette injustice encore plus déchirante.
Labrador : Autopsie du silence créée au Festival Tribeca 2026.
Credit Post By: John Fink